Pourquoi Resident Evil 4 est une arnaque ?

Publié le par Onigiri

resident-evil-4-wii-jaquette.jpegCeux qui ont l'habitude de lire mes différentes conneries sur le Net, que je distille un peu partout où je passe, connaîtront déjà ce texte, que j'ai écrit cet été. Ils auront même remarqué, s'ils sont observateurs et qu'ils ont de la mémoire, que je n'ai même pas pris la peine d'en changer le titre. Parce que je le trouve parlant, ce titre, et qu'il illustre bien ce qui va suivre. Pour ceux qui ne connaissent pas encore : je vais m'adonner sous vos yeux ébahis à une de mes pratiques favorites, le massacre en public d'un jeu vidéo encensé par la presse et les joueurs, mais que je ne supporte pas. Pas mal de jeux passeront par cet exercice, parce qu'il y en a contre qui j'en ai quand même assez gros sur la patate. J'espère, à défaut de vous faire partager mon point de vue débordant de mauvaise foi, au moins vous faire rire un minimum. (je précise qu'entre temps, j'ai perdu les images du premier écrit, même si le texte, lui, reste identique. Ce qui explique que toutes les blagues liées aux images risquent fort de ne plus fonctionner. J'essaierais de réparer ça à l'occasion.

Donc aujourd'hui, je vais descendre Resident Evil 4. Surtout le 4, en fait. Et je vais vous expliquer pourquoi...

Resident Evil 4 est une arnaque.

resident-evil-4-leon-kennedy.jpgOn commence le jeu avec Leon Scott Kennedy, un vieux de la vieille, un mec qui a bourlingué et qui a flingué du zombie dans toutes les situations. Ceux qui ont fait les anciens épisodes ont l'habitude du lascar, on s'est chié dessus quelques heures avec dans le 2. Mais là, il ne sera plus vraiment question de se chier dessus. Revenons ensemble aux origines de la série. Qu'est-ce qui a fait son succès ? Qu'est-ce qui a fait qu'on s'est retapé les mêmes manoirs et les mêmes commissariats avec Chris Redfield, Leon Kennedy, Claire Redfield, Jill Valentine et autres ? Les ennemis, l'ambiance, cette atmosphère oppressante. Rappelez-vous du début de Resident Evil, premier du nom. Vous commenciez à l'entrée d'un manoir peu recommandable, retenant derrière la porte une meute de chiens éclopés. Souvenez-vous du début de Resident Evil 2, dans lequel vous deviez échapper, presque désarmé, à une meute de zombies enflammés et vous frayer dans des ruelles sombres un chemin jusqu'à une armurerie. Revoyez le début de Resident Evil 3, dans lequel Nemesis, un gendre idéal de 3 mètres 50, vous attaque et vous oblige à vous réfugier dans un commissariat en désordre, pendant que celui-ci s'affaire à défoncer méticuleusement la porte à coup d'épaule (une épaule qui fait environ la taille de votre buste).

Dans le 4, rien de tout cela. On commence dans une forêt, avec pour mission de sauver la fille du président. Are you a bad dude enough to rescue the fille of the president (evil) ? Bref, on avance jusqu'au village le plus proche, pour se rendre compte de ce qu'on aura à flinguer comme adversaire pendant tout le jeu : des zombies dopés aux hormones, qui crient, courent et utilisent des tronçonneuses. Où sont passés les zombies à 2 de tension, que même mamie aurait pu battre avec son déambulateur, mais qui nous faisaient flipper comme jamais ? Où sont passés ces mangeurs de cerveau à motricité réduite, dont le vocabulaire se limitait à un râle oppressant poussé avec un reste de corde vocale improvisée ? Où sont passés ces édentés, ces éborgnés, ces éclopés, ces êtres démembrés et écervelés, dont la seule raison d'exister est de se remplir un semblant d'estomac, dont le contenu passera la majorité de son temps à l'air libre ? Partis, poufs, envolés. Aujourd'hui, on affronte des athlètes doués de la parole et d'intelligence, qui ont leurs deux bras et leurs deux jambes. Et qui en plus s'en servent. Même pas drôle. Mais pas de panique, Leon a lui aussi pris des stéroïdes avant de venir, et il va fracasser joyeusement ce petit monde.

Resident Evil 4 est une arnaque.

resident-evil-4-zombie.jpgIl était certainement dommage, alors que l'on arrivait sur une console aux qualités techniques indéniables comme la GameCube, de conserver une limitation technique qui a pourtant fait le succès de la série sur PlayStation. Exit les décors fixes en deux dimensions, la caméra est enfin libérée de ses carcans et va se placer derrière l'épaule du sulfureux Leon. Ce changement, simple en surface, va profondément modifier le gameplay du jeu, qui n'aura alors plus rien à voir avec ce que les fans connaissaient déjà. La maniabilité change donc du tout au tout, Leon court plus vite, vise mieux, et peut faire plein d'actions diverses et variées avec un seul bouton. Par exemple, s'il se rend compte qu'un des "zombies" a tué ses parents, une fois le fusil à pompe en main (qui arrive assez vite, je vous rassure), il suffit d'appuyer sur 'A' à une distance raisonnable pour lui faire sauter la calebasse. Amusant quand on le fait pour la première fois. Le petit problème avec Resident Evil 4, c'est que c'est 15 à 20 heures de jeu et de scènes de combats sanglant, qui vont se résumer l'écrasante majorité du temps à appuyer sur A au bon moment pour faire éclater un maximum de têtes, et ainsi conserver ces précieuses cartouches de fusil à pompe (que vous ne lâcherez plus une fois en main). Et très rapidement, c'est chiant. Ce n'est toutefois pas la seule action qu'onpourra réaliser avec ce bouton A. Leon pourra grâce à lui sauter par dessus une barrière, faire tomber une échelle pour ne pas être suivi, se jeter par la fenêtre (forcément, il vient de dégager l'échelle...), éviter une attaque ennemie et danser la polka. Évidemment, on n'est plus vraiment dans le survival horror. La survie est toujours présente, puisqu'on est loin du cadre idyllique de la colonie de vacances (ou alors je vous suggère d'attaquer vos parents en justice), mais l'horreur a fait son chemin. L'horreur, comme elle était présentée dans les trois premiers épisodes de la saga, n'est plus la même, une partie de l'âme de Resident Evil vient de s'envoler.

La mise en scène, elle non plus, n'est plus la même. Sur PlayStation et Saturn, la qualité des graphismes 3D laissait sérieusement à désirer lorsqu'on souhaitait créer un décor riche en détails. Impossible de créer quelque chose de chatoyant ou de détaillé sans être immédiatement confronté à une bouillie de pixels infâmes. Les graphistes chargés du jeu ont donc dû contourner le problème d'une manière fort ingénieuse : puisqu'on ne peut pas faire quelque chose d'irréprochable en 3D, on va conserver la 2D. Tous les décors du jeu sont donc constitués de plans totalement fixes, obligeant la caméra à rester immobile en permanence. Un inconvénient de taille, dans un jeu d'aventure. Mais c'est justement de ça que le reste de l'équipe allait tirer partie pour la suite du développement du jeu. Puisque la caméra ne peut pas bouger, on va s'en servir à notre avantage et mettre le joueur dans une position angoissante par ce biais. On entre dans une nouvelle pièce ? Et bien la caméra restera fixe, sur l'entrée de la pièce. Le premier réflexe humain dans ce genre de jeu, qui sera d'explorer les alentours, ne pourra alors pas être assouvi. Pas tant que le joueur n'aura pas effectué quelques pas dans la pièce, l'obligeant à aller face aux éventuels ennemis qu'il ne peut pas voir, mais qu'il peut tout de même entendre. Cette force des trois premiers Resident Evil disparaît purement et simplement dans le quatrième opus. La caméra derrière l'épaule du héros supprime tout de suite cette notion de suspense et plonge le joueur directement au coeur de l'action. Sauf que l'action, cela sied assez mal à un survival horror, qui doit en général miser un minimum sur le suspense pour être efficace. Et comme on a vu l'étendue assez limitée du côté action dans ce jeu, on se retrouve avec un hybride qui ne sait pas trop où il doit se classer.

Resident Evil 4 est une arnaque.


resident-evil-4-shotgun.jpg Que retenir donc de ce jeu bâtard qui pioche son genre un peu dans le survival horror, un peu dans l'action, sans réussir à parfaitement concilier les deux ? Que retenir de ce jeu qui a tout simplement sacrifié son ambiance unique pour tomber dans les méandres du bourrinage sans foi ni loi ? Que retenir de cette production qui suicide ses bonnes idées dans un gameplay trop peu adapté à ses ambitions ? Capcom l'a avoué avant de sortir le jeu, c'est Devil May Cry qui aurait au départ dû devenir Resident Evil 4. Mais son gameplay et son univers à des kilomètres de la série originelle ont poussé les développeurs à revoir leur copie, conduisant Devil May Cry au bout de son univers déjanté et démoniaque, tandis que Resident Evil 4 devenait doucement le faux jeu d'action que l'on connaît. Comment Capcom a pu en arriver là ? Pourquoi, après trois épisodes franchement réussis, avoir voulu changer une équipe qui gagne ? L'avertissement lancé par Code Veronica n'était-il pas suffisant ? Mais surtout, pourquoi les joueurs aiment-ils tant Resident Evil 4 ? Ses graphismes magnifiques sont-ils la seule raison de ce succès ? Simplement, Resident Evil 4 n'est pas une merde, ce n'est pas un mauvais jeu. C'est une arnaque. Une exploitation de franchise, une de plus. Il ne mérite pas d'être vendu comme un Resident Evil, tout simplement parce que ce n'est pas un Resident Evil.

Publié dans Jeux vidéo

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Drunken 29/09/2007 10:07

En effet, c'est impressionnant de mauvaise foi.

Sév 28/09/2007 20:10

Ah oué